MV Agusta, une marque chargée d’histoire pour des motos exclusives

On ne peut dresser le portrait de l’actuel dirigeant de MV Agusta sans s’attarder quelques lignes sur l’histoire de ces motos d’exception. En connaissant mieux l’histoire intime de cette marque emblématique, synonyme d’exclusivité et de luxe chez les deux roues, on percevra mieux la responsabilité qui pèse sur l’héritier de Claudio Castiglioni, son fils Giovanni Castiglioni.

Retour au début de 20ème siècle, le Compte sicilien Giovanni Agusta quitte son île pour rejoindre la florissante et industrielle Lombardie. Il y construira des avions et connaitra un succès certain pendant le Première guerre mondiale. Cet essor est brisé paradoxalement avec l’arrivée de la Seconde guerre mondiale et l’occupation de l’usine par les soldats allemands. La production de motos a déjà remplacé celle des avions. Le fils de Giovanni, Domenico Agusta décide de construire un second atelier pour disposer de tous les atouts pour lancer définitivement la légende. L’atelier porte le nom de Meccanica Verghera.

La première MV Agusta est présentée au public en 1945. Comme le nom « Vespa » est déjà déposé, elle laissera tomber le nom « Vespa 98 » pour simplement « 98 ».

La compétition motocycliste reprend au début des années 50. MV Agusta acquiert ses lettres de noblesse en compétition grâce à une progression incroyable des performances et à des innovations technologiques remarquables. La marque devient l’une des premières à totaliser plus de 20.000 motos produites en cette année 1953.  A l’époque MV se distingue des autres constructeurs motocyclistes en matière de production de motos économiques. Au lieu d’adapter la cylindrée de ses moteurs aux normes imposées par la compétition, MV préfère opter pour une philosophie de recherche à « compromis optimisé » dédiée à sa large clientèle. En accord avec cette philosophie, la société présente en 1956 le modèle « 83 », capable d’embarquer confortablement deux personnes à vitesse raisonnable, et affichant une faible consommation. En 1959, MV Agusta produit un nouveau système de graissage qui permet aux moteurs d’afficher une fiabilité jamais atteinte, de telle sorte que la garantie sur les moteurs MV est alors prolongée à 100 000 km. Si bien que la génération de motos équipées de ces nouveaux moteurs reçoit le sobriquet de « cent mille ».

Les années 60 seront marquées par la première crise que la marque va connaitre. Le boom de l’automobile et l’engouement populaire qui le caractérise amèneront les italiens à bouder les deux roues. Suffisant pour fragiliser l’entreprise et l’amener vers un dénouement tragique. Alors qu’Agostini signe en 1976 la dernière victoire en compétition de la marque sur le Nurburgring, et après avoir reçu le soutien financier de l’institution publique EFIM, les dirigeants sont contraints par leur nouveau partenaire d’abandonner la production de leurs motos. Une vente sera même organisée pour ce défaire des cadres et autres motos du département Compétition. Même si l’histoire provoqua un tollé en Italie, notamment auprès des passionnés et des journalistes spécialisés, le sort est presque scellé pour ce patrimoine national et motocycliste.

Coup de tonnerre, en 1992, Cagiva Motor annonce la reprise de la marque MV Agusta. Surprise suivie rapidement d’espoir puisque se cache derrière ce groupe un homme qui connait parfaitement le business de la moto, et dont la réputation de faiseur de miracle n’est plus à défendre. La famille Castiglioni avait déjà fait la preuve de ses compétences en matière de gestion à l’occasion de la renaissance de Cagiva des cendres de la glorieuse Aermacchi AMF ; quelques années plus tard, Cagiva s’est porté au secours de Ducati, alors dans une situation désespérée, victime de stratégies de financements publics. Pour finir, la production Husqvarna est déplacée de Suède à Schiranna, permettant au groupe de proposer la gamme la plus complète de motos.

Si la marque rentre dans le giron de Castiglioni, on ne peut pas en dire autant de son patrimoine technique et technologique, puisque que vendu lors de son démantèlement dans les années 70-80. Les ingénieurs se retrouvent devant une feuille blanche qui sera propice à toutes les innovations. L’idée de génie est alors de créer une moto exclusive avec l’aide Ferrari et de lui conférer tout ce qui peut se faire de mieux en matière de motorisation et de partie cycle. Le premier prototype baptisé « F4 » est présenté au salon de Milan en 1997 marquant le retour unanimement salué par la presse d’une marque légendaire. Bien que proposée à la vente à un prix digne de son prestige, le carnet est rempli et les stars, peoples et autres têtes couronnées se bousculent pour en acquérir un des 300 exemplaires. MV Agusta est revenu sur le devant de la scène, bien décidée à imprimer à nouveau ses plus belles lettres de noblesse.

Giovanni Castiglioni, la passion en héritage

Arrivé aux commandes de l’entreprise familiale en 2010, Giovanni Castiglioni, patron et nouvel ambassadeur emblématique de la marque MV Agusta, a la lourde responsabilité de maintenir une société à flot tout en préservant la magie associée au pilotage d’une MV Agusta. Malgré un chiffre d’affaires multiplié par trois ces cinq dernières années, le jeune patron a rapidement du gérer des déceptions. Notamment le partenariat avec Mercedes censé soutenir la marque dans son développement technologique et commercial, en bénéficiant du soutien financier du groupe allemand. Malheureusement, des propres mots du patron italien, ce couple n’a jamais vraiment fonctionné, les allemands semblant se contenter du seul effet d’annonce. Signé en 2014, l’ouverture de capital ne s’est jamais transformée en partenariat. Aujourd’hui, Giovanni Castiglioni cherche des moyens pour racheter les parts détenues par les allemands.

Nous devons maintenir nos motos dans le seul segment Premium

Même s’il ne devait pas découvrir le monde impitoyable des affaires en prenant ses fonctions, déjà bien conseillé par son illustre père, Giovanni Castiglioni a été rapidement confronté à des décisions très importantes, parfois lourdes de conséquences. La première étant de restructurer son outil de production. Et par là, réduire ses effectifs. Les difficultés de trésorerie de l’entreprise liées à l’augmentation du délai de paiement octroyé à son réseau commercial (passé à 200 jours) ont contraint le boss à restructurer (de 300 à 250 employés) et réduire ses dépenses en R&D.

La vision du patron est claire : maintenir MV Agusta sur le Premium, avec des modèles de prestige, réduire les objectifs de volume et se concentrer sur quelques segments. Se recentrer pour mieux avancer en quelque sorte. Revenir aux fondements de la marque serait également une juste formulation des choses.

giovanni-castiglioni-president-mv-agusta

Giovanni Castiglioni – source www.businesspeople.it/

Et demain ? Les motos MV Agusta restent et resteront synonyme de performances et de luxe. Le patron oeuvre actuellement à trouver de nouveaux partenaires financiers, qui, contrairement à Mercedes/AMG, adopteront sa vision et sa stratégie de marque. Souhaitons-lui beaucoup de succès, pour qu’à travers lui perdure le mythe MV Agusta et que la marque continue de briller dans les yeux des motards avides de sensation et d’exclusivité.

 

 

 

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>